04 mai 2008
Une rencontre
Le post précédent parlait de se remettre en route. C'est ce que j'ai fait. J'aurais pu faire autre chose. Une certaine expo par exemple mais elle était déjà terminée.
Drôle d'endroit pour une rencontre ? Bien sûr, c'est la règle, ici tout commence par un échange sexuel. Avant tout. Avant même de se parler. Quand je l'ai vu, je venais d'arriver, je me suis dit que ce corps là était celui que j'attendais depuis longtemps. Des années, je crois. Alors je l'ai suivi dans les coursives, en tentant de lui faire comprendre mon désir. En espérant qu'il ait envie aussi. Ca aurait pu rater. Nous aurions pu nous rater. Mais non, ça nous ait tombé dessus. L'ivresse. Pourquoi est-ce que je pense que ce n'est pas si étonnant. Juste que c'était le bon moment. Quand nous sommes sortis de cette cabine, parce qu'il avait son train à prendre, nous tremblions déjà d'avoir à nous quitter. Je ne sais pas où cela peut nous mener. Depuis cette rencontre, il a traversé le pays et moi un océan. Parce qu'il y avait ses yeux clairs, ses bras et sa douceur, j'ai recommencé à rêver mais je ne sais pas si nous pourrons faire contre la distance et l'éloignement. Et si pour une fois, je m'autorisais la confiance. Vas-t-en la peur. Vas-t-en.
03 mai 2008
En suspension
Deux semaines à rencontrer l'autre, les autres, avec mes espoirs et mes déceptions, mes retenues et mes abandons. Chercher la bonne limite, quelque que chose assez proche du "faire le job" sans penser que tout peut être contrôlé (et sous-entendu que tout n'est pas de ma responsabilité). En attendant, deux semaines riches d'évenements, boulot, politique, amis, amours, immo... tout y est passé pour me mettre en question et m'obliger à réagir. C'était bien je crois. Une chance même. Celle d'être vivant. Et avant de toucher au but, prendre du plaisir au chemin. Alors évidemment, il y avait ces bras qui me serraient si fort et lui qui m'appelait Mister Câlins. C'est déjà fini et me laisse un peu en suspension. Allez en route.
30 avril 2008
Journée shopping
J'ai craqué alors que je m'étais promis de faire attention en ce moment. Donc journée shopping. J'ai acheté un appartement. Paris 11eme. Pour les frais de notaire. Merci maman. Merci papa. Dis, de là-haut tu vois ce que je suis en train de faire ?
25 juin 2007
Ich bin...
C'était à Berlin hier au soir, dans la douceur des premiers jours d'été, le long d'un boulevard, strasse quelque chose, de jolies façades d'immeubles de toutes les couleurs et à leur pied, les terrasses de restaurants de toutes sortes. Nous avons échoué, l'amie d'enfance et moi, à la table d'un petit vietnamien. Les rouleaux de printemps à se damner et la bière allemande. Je venais de pleurer en racontant Papa. Les derniers jours, presqu'un an déjà. Et cette absence là, aujourd'hui encore, presqu'irréelle. Les mots encore pour rendre tangible ce à quoi, finalement je ne crois pas. Ce "il n'est plus là", pour me faire grandir et qui n'a aucun sens. Et puis je me suis tu, épuisé et soulagé, face à ses yeux embués. Au bord du trottoir, un ange blond en pleine ferveur, chantait Lou Reed, le timbre cassé et les yeux fermés. De l'art, je crois. Et ces quelques minutes, une réconciliation.
05 mai 2007
Mes amis sont de droite
Autour de moi, des gens de droite. Des gens qui sont mes amis et auxquels je tiens. Nous avons parlé, discuté de ce qui nous séparait. Sans nous convaincre évidement. Et pourtant, quelque chose me gêne, quelque chose que je ne peux pas leur expliquer.Pourtant ils m'entourent et ce que je sais d'eux nous rassemblent. Je sais qu'au fond, nous partageons les mêmes valeurs, un façon si particulière de regarder le monde, d'être au monde. Comment en serait-il autrement, comment pourrais-je les aimer sinon depuis tout ce temps. Alors j'enrage de ne pas pouvoir mettre en mots ce que je sens de dangereux dans ce que dit Sarko. De leur expliquer que cela ne peut pas leur ressembler.
Peut-être une dernière tentative ici.
http://www.dailymotion.com/video/x1vfyt_gerard-miller-analyse-sarkozy
Sarko va me tuer
Il est tard. Deux heures quarante trois du matin et je devrais dormir. Aujourd'hui c'est samedi mais il va falloir que je passe au bureau. Je ne serais pas très frais. J'irais voter après. Oui, ici, le devoir citoyen c'est aujourd'hui. Je me souviens de ce 22 avril, nous votions encore le même jour que la métropole. Mais décalage horaire oblige, le résultat nous était connu alors même que, chez nous, les bureaux de vote n'étaient pas encore fermés. Il était 17H00, lorsqu'à peine l'avion qui me ramenait à la maison, s'est posé sur la piste, les passagers se sont précipités sur leur téléphone portable pour savoir où nous en étions. Dans la coursive de l'appareil, un homme s'est retourné vers moi pour me dire que Le Pen était aux deuxième tour. J'ai souri vaguement à sa blague. Puis j'ai compris en voyant son visage décomposé qu'il ne plaisantait pas. Je me suis littéralement éjecté de l'aéroport, papa a foncé pour m'emmener voter avant 18H00 - on se disait alors que nos voix outre-mer pourraient encore réduire l'écart et sauver Jospin. En vain...
Cinq ans après, ce serait bien, que nos bulletins tenus au chaud - c'est bien le cas de le dire, ajoutés à vos votes de dimanche puissent, même d'un chouïa, sauver Ségolène. Et pourtant, tout semble perdu. Et je m'en veux de ne pas avoir choisi le Béarnais au premier tour. Que nous n'ayions pas été plus nombreux à le faire. Pour nous donner une chance du moindre mal, d'une recomposition possible, le vote oui, oui du tout sauf Sarkozy.
Mais le moyen de faire autrement. J'ai voté Ségo au premier tour par fidélité. Par fidelité au garçon de 11 ans qui ne ratait jamais le journal et la politique à la télévision. Par fidelité aux hurlements de joies qui ont retenti dans toute la cité du 93 où j'habitais alors ce 10 mai 1981. Par fidelité à mon engagement militant 7 ans après, au PS, quand mes petits camarades majoritaires menaçaient de casser la gueule au minoritaire gaucho que j'étais. Par fidelité à cet adieu à Mitterrand qui s'en allait, pour lui dire merci la rose à la main, devant Solférino, un jour de printemps en 1995.
A Solferino encore, il y a deux semaines. Le soir du premier tour. Ce frisson immédiat au moment de rejoindre la foule. Ces visages inconnus mais instantanément si familiers. Familiers ? Oui, oui ces gens qui ressemblent à tous les autres (mais mention spéciale aux jolies petites gueules du MJS), c'est ma famille puisque c'est le peuple de gauche rassemblé. Alors voter autrement, çà n'aurait pas été moi.
Reste qu'au vu de ce qui s'annonce, ce n'était pas vraiment la bonne carte. C'est d'autant plus dramatique, que pour la première fois, le résultat d'une élection politique aura de réelles répercussions sur ma vie personnelle. Plus de discussions fumeuses et de maniements de concepts, le droite dure au pouvoir va être pour moi, cette fois-ci une expérience incarnée, je vais la sentir passer. Les projets de Sarkozy menacent directement ma situation personnelle et pour tout dire une part considérable de mes revenus. Drôle d'impression de se dire que de manière très concrète, votre avenir dépend de l'issue d'une présidentielle. La politique m'a donné beaucoup de choses. Et il est bien possible qu'elle me le reprenne. Tout cela me laisse dans un état d'angoisse et de sidération complètes.
Dommage, pour ce post de retour, j'aurais bien voulu vous apporter des nouvelles plus légères. Et je ne vous pas encore parlé de mes échecs amoureux. Parce que là aussi, les repères foutent le camp. Bon, je sais bien que j'ai été un peu absent ces derniers temps, mais vraiment, faites un effort dimanche et si malgré tout c'est la catastrophe, ça serait bien de se soutenir après ce week end.
PS / Pour ajouter à l'énervement général, alors que je n'ai jamais eu l'occasion de lui parler et que je l'aime bien, je viens de m'apercevoir que Wam ferme son blog. Merde, mais qu'est ce qui se passe en ce moment ?
07 février 2007
Je me fais confiance
Faisons là courte. Voilà en somme, après les temps d'épreuves, on aurait pu penser que je vive les choses de manière plus douce, plus apaisée. Rien de tout ça, ma nature inquiète, angoissée, comme d'hab' a pris le pas. Je suis là, anxieux souvent, trop souvent, incapable de me détendre vraiment, ou j'y arrive, rarement, péniblement. Et l'idée de ne pas arriver à quitter cette angoisse... m'angoisse aussi terriblement. Bon, quoi faire de tout ça ? Boire, me shooter au lexo et aux sommnifères, attendre de l'autre qu'il vienne me calmer, croire aux contes de fées et se bercer de l'espoir d'un avenir enchanteur ? Pas terrible... Il ne se passe pourtant rien de grave, comparé aux mois passés. C'est en moi, dans la tête que ça se passe. J'ai peur de l'avenir. Je brode du fil noir, je fais des noeux avec chaque pensée positive. Bon je ne m'étonne pas. On peut dire que c'est un peu moi. Beaucoup moi. Depuis des années. Pour ne pas dire depuis toujours. Seulement là, j'en ai un peu marre de ne pas arriver à en sortir. A force, on pourrait presque dire que ça me plaît. Est-ce que ça pourrait être un choix ? Je veux dire, ne pas avoir la trouille, ce serait avoir confiance, n'est-ce pas ? Se faire confiance non ? Et pourquoi est-ce que je n'y arrive pas ? Est-ce que je ne veux pas ? Est-ce que c'est un choix ?
D'autres diraient que j'ai réussi. Professionnellement s'entend. Je ne le sens pas comme ça. J'ai toujours dit que ce job m'emmerdait et que je n'étais pas vraiment doué. Je disait en faisant mes études que je ne ferais jamais ça, j'ai hurlé quand on a voulu m'expliquer que je devrais y accorder de l'importance et je m'y suis accroché. Quinze ans après l'argent dégringole, l'appart est pas mal du tout, je peux frimer en tendant ma carte, je vis au soleil et je suis tout le temps en voyage. Objectivement, je n'aurais pas cru en arriver là. Et c'est bien là le coeur du problème. Je n'y ai pas cru, parce que j'ai toujours dit que je ne le voulais pas. Paradoxe, je n'ai jamais foutu le camp. C'est bien que quelque part, j'ai du vouloir un tout petit peu...
Avec la trouille au ventre, j'y ai mis beaucoup de ce que j'étais. Il faut croire que ça a du suffire. Je vous jure que ça m'a surpris... je ne savais pas que tout ce que je détestais en moi, opportunisme, diplomatie, sens du compromis finiraient par payer. Bref une certaine forme de talent avec un manque absolu de confiance en soi.
Qu'est ce que je dois comprendre ? Certainement que ce que j'ai refusé pendant tant d'années, c'est d'abord ce que je voulais. Je sais ce que ça m'a coûté. A force de m'en vouloir de gagner du pognon, j'ai passé mon temps à le claquer. A force de m'en vouloir de faire ce que je faisais, j'ai passé mon temps à demander à l'amour de m'en consoler. Mais ce que je sais, c'est que tout cela ne serait pas arrivé si j'avias eu confiance en moi. Je veux dire que si je n'avais pas douté, tout le temps, tout le temps, de ce que je faisais... cette réussite là, et oui merde disons les choses comme ça, ne serait pas arrivée. Alors je crois que peut-être la solution c'est peut-être de continuer : faire ce que je fais, en me demandant encore ce que je fous là. En me tordant le ventre à me dire que je devrais être ailleurs, que je n'arriverais pas à tout contrôler, que je finirais bien par me planter, qu'ils s'apercevront bien un jour de mon imposture... c'est encore la meilleure façon que j'ai trouvé pour que ça continue de marcher.
Je ne sais pas si j'ai réellement envie d'avoir confiance... peut-être que si j'avais plus confiance, j'aurais moins de talent à faire ce que je fais. Est-ce que j'ai réellement envie de renoncer à ce que ça me rapporte ? Pas sûr... Ce soir je me dis que la confiance en soi est un talent en soi et que décidemment j'ai décidé de m'en passer.
PS. Sylvia, vous voyiez bien que ce que vous me dites résonne. Merci de vos mots. Oui, oui, merci encore.
17 décembre 2006
Sentimental
Sans doute est-ce que je ne comprend rien à rien. Je ne comprend pas son langage, je ne comprend pas ce qu'il veut. Et parfois ivre, rageur, fou de cette incompréhension là, incontrôlé, je le pousse dans ses retranchements. Je lui dis qu'il ne peut pas exister avec ses seules obsessions, comme il m'a déjà expliqué que je ne peux pas exister qu' avec les miennes. Et hier soir, une fois de plus, au bout du bout, je lui ai expliqué que nous n'avions pas à nous enfermer, à nous emmurer. Et que s'il me dit "défends toi", je lui dit "ouvres toi". C'est à ce moment là, qu'il m'a pris dans ses bras, avec ce mouvement de tendresse que je lui connais si peu. Nous sommes restés là encore un peu, dans la voiture, sur ce parking désert, et je n'ai pas pensé à regarder si les étoiles venaient de se rallumer. Il m'a proposé de coucher ensemble. Cette fois ci c'est moi qui lui ai dit non, que je préferais qu'on retourne à la maison pour qu'il me tienne dans ses bras. Il m'a dit ... je te ramène, peut être que je reviendrais plus tard ou pour le petit déjeuner. Ce matin, il n'était pas là. J'ai demandé pourquoi. Il m'a dit "je veux rester tranquille, tu comprends ?". J'ai dit que non, que je ne comprenais pas mais que j'essayais.La journée est passée. Il passera dans cinq minutes, pour m'accompagner à l'aéroport. Là, c'est moi qui part. Et j'écoute ma copine Jenifer en boucle qui me dit : Serre moi Si aimer c'est aussi se retenir Serre moi Je veux m'enfuir Serre moi Etouffe moi d'amour avant le pire Serre moi Que je respire
11 décembre 2006
Le concret des choses
Il écrit "...quand j’ai commencé à travailler, quand la vie est devenue plus concrète, moins fantasmée, j’ai perdu ce réflexe de noircir des pages."
Et aussi :
"Ce blog, c’était aussi un moyen de retrouver ce plaisir d’écrire. Bien que je n’y raconte pas les mêmes choses. La tambouille intime que je déversais sur le papier, les mises au point sur mes rapports au monde, aux autres, les signaux d’alarme que j’adressais à moi-même lorsque je me sentais partir à la dérive, la petite philosophie pratique à mon seul usage, mes auto-exortations… Ce ne sont pas les mêmes choses qui me viennent ici. (...) Ici, je raconte.
En lisant cela, j'ai pensé que pour moi, c'était le contraire. Que mon blog à moi, m'avait servi de déversoir à mes états d'âme. Une façon de penser à haute voix pour faire le point de moi-même, ce que je n'avais fais que très rarement dans des carnets ou des journaux intimes. Raconter ce n'est pas mon truc. Sur ce blog, comme ailleurs. L'anedocte, le déroulé des jours, ses évenements, je l'entends mal, je le dis mal. Depuis longtemps, peut-être depuis toujours, ce qui m'a interessé c'est le questionnement, le commentaire, le sens, la conceptualisation. En y réflechissant, il me semble aussi que dans mes rapports aux autres, une conversation purement factuelle me demande de plus grands efforts de concentration et que ce qui m'importe avant tout, derrière ce que je, ou ce qu'on me raconte, c'est le pourquoi.
Je ne porte pas de jugement de valeur. Je dis juste comment j'ai l'impression de fonctionner. Et puis lire quelque chose comme "...la vie est devenue plus concrète, moins fantasmée" m'a provoqué. Est-ce que ma vie est quelque chose de concret ou de fantasmé ? Vraiment c'est une question que je ne me suis jamais posée. Et pour le coup, ça m'a vraiment inspiré.
En fait, je crois avoir beaucoup fantasmé dans mes relations amoureuses. Je veux dire que j'ai toujours eu beaucoup de mal à réaliser la situation objective des choses. Je me suis raconté beaucoup d'histoires, en essayant de faire rentrer des ronds dans des carrés. Je crois que c'est ça qui m'a servi de moteur. Quand ça ne fonctionne pas comme je veux, mes premiers réflexes est de ne pas le voir ou de croire très fort que ça peut changer, que ça va forcément changer. J'entretiens ces illusions. Ce qui est paradoxal, c'est que je n'ai pas l'impression de réagir comme ça dans mon boulot. Je n'entretiens pas ces chimères. Je suis dans une situation donnée. J'essaye d'en tirer un profit ou une opportunité. Et je m'aveugle moins. Quitte à noircir le tableau. Pour me prémunir de dangers possibles et mieux les contrôler.
Il y a quelque chose pourtant là de très concret. Et sur laquelle, je peux difficilement faire l'impasse. La maladie, la mort, je crois que c'était pour moi des notions très fantasmées justement. D'où ma stupéfaction. C'est bien, le mot. Je suis stupéfait. Je viens de les rencontrer.
Voilà, sinon pour l'anedocte, je crois que mon psy cherche aimablement à me foutre à la porte. Elle m'a demandé tout à l'heure "Est-ce que vous croyez encore avoir besoin de moi"?
01 novembre 2006
Toussaint
Je croyais ne pas pouvoir accéder à ces émotions. J'ai eu peur de ne pas pouvoir les éprouver. Il y a eu depuis ces mois, le combat d'une bataille déjà perdue. Je le savais, intimement. Dès les premiers temps, je n'ai pas voulu donner prise à l'espoir. Je voulais faire face, vous comprenez, je voulais faire face et ne pas me laisser envahir et être déçu. Je n'aurai pas pu m'en remettre et il avait besoin de moi. Je ne l'ai pas laissé mourir, non, non, je l'ai accompagné, du mieux que je pouvais. De toutes mes forces de petit garçon qui devait faire le grand. J'ai serré les poings et les mâchoires en me retenant de pleurer. Je n'ai pas pleuré quand il m'a raconté encore une fois, une fois encore s'il te plaît, le Cambodge. Je n'ai pas pleuré quand il me regardait sagement ranger ses affaires dans le placard de la chambre d'hôpital. Je n'ai pas pleuré quand les traitements ne fonctionnaient plus. Je n'ai pas pleuré quand il s'est tourné vers moi pour me demander ce que le médecin voulait dire quand il répétait qu'on ne pouvait que lui donner du temps. Je n'ai pas pleuré quand un autre a expliqué que du temps il n'y en aurait plus. Je n'ai pas pleuré quand il a fallu dire à mon père qu'il allait mourir. Je n'ai pas pleuré quand je nous ai vu, autour de son lit, pour la première et dernière fois depuis vingt ans lui, ma mère et mon frère réunis autour de lui. Je n'ai pas pleuré quand nous regardions les matchs de la coupe du monde à la télé, parce que c'était tout ce que nous pouvions faire. Je n'ai pas pleuré quand je l'ai vu s'inquieter encore pour nous, je me suis juste mis en colère. Je n'ai pas pleuré quand il a absolument voulu descendre l'escalier, maigre à faire peur, les jambes et les bras gonfles et la tumeur qui lui mangeait le cou. Je n'ai pas pleuré quand il ne pouvait plus manger, plus parler, plus dormir, plus penser. Je n'ai pas pleuré quand cette nuit là, il a fallu le lever parce qu'il s'étouffait, l'assoir sans qu'il ne tienne, ivre de fatigue, sur sa chaise pour le recoucher, le relever, le rassoir, le rechoucher, le relever, le rassoir, le recoucher... Je n'ai pas pleuré quand je suis retourné à l'hôpital, je savais que je serais là, bien, à côté de lui, à lui glisser entre les lèvres un peu de glace pilée sucrée. Je n'ai pas pleuré même quand j'ai eu besoin ce soir là de revenir lui dire que je l'aimais et qu'il devait savoir qu'il avait été un bon papa -"tu le sais, hein, tu le sais ?" - et que peut-être dans un dernier accès de conscience, j'ai bien cru qu'il m'a répondu dans un souffle qu'il le savait. Je n'ai pas pleuré lorsque le lendemain, devant moi assis, il a cessé de respirer. Je n'ai pas pleuré quand devant son lit, quelques minutes après, en parlant à mon frère au téléphone, j'embrassais mon père et je l'embrassais encore. Et je l'embrassais encore. Je n'ai pas pas pleuré en organisant ses obsèques et pendant la veillée.
La première fois où j'ai pleuré, c'était pendant l'incinération devant son cercueil en écoutant "All alone I am" de Brenda Lee. Je tenais une photo de lui, mon frère lisait son texte et Maman me tenait fort contre elle. J'ai ouvert les bras pour accueillir la douleur, en baissant la tête. Pour qu'enfin tout ça sorte de moi. La peur, l'angoisse et la tristesse. Il m'a fallu un peu de temps pour recommencer. J'ai eu peur de ne pas pouvoir éprouver d'autres émotions. Mais elles sont là. Il me manque. Il me manque. Voilà maintenant je le pleure.
10 septembre 2006
"Devant la mort, nous serons comme à notre naissance, radicalement privés de toute puissance. C'est à cette faiblesse en nous que l'amour devrait s'adresser pour ne jamais se perdre". Christian Bobin.
01 août 2006
Impasse
A un moment l'émotion m'a pris en relisant tout Chronolog. Je ne sais plus ce que je lisais. Mais ce tremblement m'a saisi, j'ai fermé les yeux et j'ai pleuré. Juste le temps d'une poignée de secondes quand j'aurai voulu que cet abandon dure et me fasse enfin perdre tout contrôle. Que se passait-il en moi à parcourir ces pages ? Ce que j'avais toujours senti depuis que je le lisais. La vérité de celui qui ne veut pas s'échapper à lui-même quand je me donne l'impression d'en faire beaucoup pour me perdre. Cette façon là de se défendre, de tourner le dos aux compromis, pour affirmer que non merci, j'ai rêvé d'autres choses.
Il est là J2M et il fait ce qu'il peut. A sa manière. En passages éclairs. Une nuit, parfois deux. Puis incompréhensions. Ruptures. Rabibochements. Une nuit. parfois deux... etc. Ce que je sens de moins en moins, c'est que J2M sort de moins en moins de lui pour aller à moi. Peut-être aussi que je suis assez doué pour ne pas le laisser venir, en ne respectant pas qui il est? Et petit à petit ne pas pouvoir en sortir, s'enfermer dans la dépendance. Ne pas créer les conditions d'un ciel ouvert. De temps en temps la révolte, l'absence de pudeur et de retenue, la pulsion incompréhensible quand l'angoisse est trop forte, ce hurlement intérieur, qui fait dire trop fort qu'on est en demande et qu' on est amoureux de lui, quand c'est juste qu'on ne sait pas être autonome.
Alors on se mettra à chercher comme un dingue les raisons pour lesquelles on s'entête, sans savoir faire de compromis, sans savoir partir non plus, quant tout dit que l'autre est juste différend, et on traquera désespérement dans les livres, l'analyse, l'introspection les raisons profondes, cachées de ses ressorts, ses stratégies intimes, ses volontés de pouvoirs et ses bénéfices secondaires sans qu'aucune raison valable, libératrice ne vienne expliquer les raisons pour lesquelles on se fait tant de mal, depuis tant d'années.
Oui, on voudrait savoir tourner la page. Parce qu'il y a des choses tellement évidentes. Quand je rentrerais tenir la main de mon père qui se meurt, mon autre main ne tiendra que la barre du lit pour m'empêcher de tomber.
01 juin 2006
Bouclier
La certitude répétée, de plus en plus implacable, des diagnostics médicaux annonce l'impensé, si présent et à la fois sans aucune réalité. C'est mon père, ce corps amaigri, affaibli, démuni, qui me tend ses bras décharnés pour l'aider à sortir du lit. Comment l'écrire, sans vouloir le dire. Papa est malade, papa est très malade. J'ai 35 ans, il en a 62. Il y a cette surprise là, à se voir grandir d'un coup, en situation de le protéger quand j'attendais encore de lui. Face au cancer dévastateur, courir les hopitaux, essayer de comprendre ce que les médecins me disent, lui expliquer les choix possibles et les traitements à venir, continuer de gérer le quotidien, le sien, le mien, en tentant de se pardonner les erreurs possibles et peut être de ne pas en faire assez. Comment parler de cela, sinon que je fais le grand, puisque je suis grand et que je ne peux plus faire autrement maintenant que de l'assumer. Je suis son bouclier après avoir attendu toute mon enfance qu'il soit le mien. J'ai longtemps cru – sans doute sur son modèle, que le sentiment amoureux me sauverait ensuite de tout. Mais on s'invente finalement seul, puis on a la chance – comme une cerise sur le gâteau, de l'apporter en cadeau et que l'autre fasse de même. J'ai mis du temps à le comprendre et la dernière leçon est douloureuse.
05 mai 2006
Précis amoureux à l'usage de moi-même
Bon voyons voir et faisons le point...Sur un plan factuel, j'ai envoyé un texto à J2M hier qui disait que je voulais que nous cessions de nous voir. Je l'ai un peu raconté ici, depuis pratiquement le début de notre rencontre, J2M, n'a cessé de me répéter qu'il ne voulait pas s'engager, contrairement à moi, dans une construction amoureuse. Pourtant, j'ai durant deux ans et demi, persisté à entretenir notre relation, dans l'espoir que ce désir lui vienne. Pour quelles raisons n'ai-je pas fui ? Parlons d'abord sur ce qui relève un peu de sa responsabilité : J2M n'est jamais parti... je veux dire que malgré la crainte qu'il pouvait avoir de mes attentes à son égard, il n'a jamais pris la décision définitive de ne plus me voir, de ne plus me parler, de ne plus coucher avec moi, et malgré de nombreux atermoiements, est revenu, sur mon insistance, sur chacune de ses résolutions. Bien sûr, pour l'en persuader, j'ai déployé une énergie conséquente, jusqu'à bâtir des discours sur une relation "d'amitié particulière", ni ami, ni amoureux, mais amants proches tout de même, quelque chose comme du "fuck body" amélioré, sans attente de futur, dont je m'étais moi-même convaincus. J2M a toujours douté, plus ou moins confusément, de ma volonté d'installer réellement entre lui et moi un truc pareil et a multiplié les signes d'éloignement, de distance, de refus, entretenant par là même, une frustration et un sentiment de désir et de dépendance croissants que je masquais, pour ne pas l'affoler et le perdre, en lui parlant à nouveau d'échanges neutres sentimentalement, auxquels il finissait par consentir puis ne plus croire, et se ravisant, en provoquant de nouveaux éloignements, de nouvelles distances... Enchaînements épuisants... mais auxquels, jusqu'ici, ni l'un, ni l'autre n'avons jamais voulu renoncer.
Ce qui a provoqué la rupture est son annonce, plus ou moins claire, d'une nouvelle rencontre laquelle il semble vouloir accorder de l'importance. Pour moi, la partie est devenue impossible à jouer, et le sentiment de danger trop important. Les clignotants au rouge, j'ai pris la décision d'en finir. J'ai cru pouvoir en être fier, je n'en suis pas si sûr. C'était certainement nécessaire mais ça reste insuffisant et j'aurais du le faire depuis longtemps. Dès ce soir là, où trois mois après notre rencontre, il m'a dit que la construction amoureuse n'était pas son objectif. Pourquoi ne l'ai-je pas fait ? Précisément pour cette raison là. J'ai expliqué dans un autre post, que j'étais assez spécialiste de ce genre de défi. Courir après ceux qui ne veulent pas de moi est assez mon genre. J'ai passé beaucoup de temps à essayer d'analyser pourquoi. Je n'en définis pas complètement les contours, disons seulement, que les racines de ce genre de comportement viennent d'une enfance affectivement insécurisante. Et que j'ai longtemps pensé que convaincre ceux qui ne m'aiment pas de m'aimer pourrait être la véritable démonstration que je suis aimable. On voit l'ampleur de la névrose. Reste que je constate, après des années de pratique, que tout cela est extrêmement coûteux et qu'il serait bon de changer d'objectif et de définir ce que je veux vraiment. Qu'est ce que je peux vouloir ? La réponse est venue d'une longue conversation avec mon frère, où je me plaignais une fois de plus d'avoir échoué à construire une relation épanouissante, il m'a signifié d'une manière assez directe de cesser de m'apitoyer sur mon sort. En m'indiquant que je n'étais pas la victime de J2M, ni d'aucuns autres d'ailleurs, il m'a rappelé que je m'étais moi-même engagé dans ces histoires piégées et qu'au delà des raisons qui aurait pu m'y pousser, l'important maintenant était de savoir ce qu'elles m'avaient appris, ce que j'en avais retiré :
De mon histoire avec M., je peux dire l'importance du corps. Il a été, pour moi qui faisait peu de cas de la sexualité - parce que je ne me pensais pas aimable et d'abord physiquement - le premier pour lequel j'ai eu un désir extrêmement violent et qui avait envie de moi. La dépression est venue quand son regard m'a quitté et je n'ai eu de cesse que de revivre à travers la beauté que je prêtais à ceux qui ont suivis, l'occasion de nouvelles confirmations de ce que j'étais. Je ne suis pas sorti totalement de ce type de subjugation, j'essaye de réaliser l'aveuglement qu'elle provoque, mais a contrario, j'ai compris qu'être avec quelqu'un que je ne désire pas était aussi une atteinte à moi-même.
De mon histoire avec J., je peux dire l'importance de l'être. En dénonçant systématiquement ce que j'étais, ce que je faisais, ce que je pensais, J. m'a contraint à m'interroger dessus et au final à le défendre. J'y ai compris l'importance de l'échange avec l'autre, d'une proximité de valeurs et d'approche de la vie.
De mon histoire avec J2M, la leçon est plus neuve. Celle sans doute d'une volonté commune et d'un projet partagé. J'ai essayé de construire sans cela, en pensant que j'avais les moyens de convaincre l'autre de les inventer...à force de patience, de mesure, en m'adaptant pour ne pas faire peur... mais je suis au final assez peu doué pour faire le bonheur de quelqu'un qui n'en veut pas. Il faudrait sans doute, que je sache dégager plus de mystère, me mettre à distance, pour provoquer l'envie... et encore sans résultats garantis. Ne vaudrait-il pas mieux rencontrer quelqu'un qui sache déjà ce qu'il veut ?
Tout cela fait un peu le portrait de ce que je veux. Et est d'une évidence confondante. Mais moi, j'ai mis des années à le comprendre. A saisir que c'était çà l'objectif. Il y a plus de dix ans, je demandais à une psy si j'étais condamné à vouloir les garçons qui ne voulaient pas de moi... elle m'a répondu que non, mais que je devais les choisir avec plus de discernement... c'est maintenant que je commence à discerner ce qu'elle avait pu vouloir me dire.
Je sais que savoir ce qu'on veut est la première condition pour l'obtenir. La deuxième est de s'y tenir. Avec le moins de compromis possible. Ce n'est pas moi qui le dit le mieux. Une fois de plus, c'est lui :
"La seule chose que je peux éventuellement revendiquer est d'avoir tenu bon. Les chemins détournés ne m'ont pas perdu. Et les plus grandes claques que j'ai prises, c'était, à chaque fois, quand je n'étais pas sur mon territoire.
C'est donc bien de cela dont il est question. Une question de territoire. Mon territoire, je l'avais identifié depuis le début de toute l'histoire. Je m'en suis éloigné, pour gagner ma vie, par sagesse ou par esprit pratique, et plus d'une fois parce que je n'avais pas le choix. Je ne le regrette pas: il fallait en passer par là, je ne serais pas capable de faire ce que je fais aujourd'hui sans le passé qui m'a construit. Il fallait tenter autre chose, voir ailleurs, tester mes propres capacités à m'oublier. Enfin apprendre (un peu) où se trouvaient les autres.
A 36 ans, j'ai l'impression d'être enfin rentré chez moi." Chronolog
Ce chemin là demande beaucoup de courage, je ne sais pas si j'en suis capable (je n'ai pas dit je ne peux pas, ,j'ai dit je ne sais pas). Essayons de nous mettre en route.
01 mai 2006
Jamie Sives
http://www.bbc.co.uk/drama/rockface/the_cast/comment_jamie.shtml?3
17 avril 2006
Vue du ciel
Un jour, peut-être, je saurais regarder le ciel et saisir ce grand vide qui remplit tout.
Le costume
J'étais un enfant le jour où j'ai cessé d'être un enfant. L'insouciance m'a fui et d'un costume d'adulte, j'ai fait un déguisement. Et si depuis ces années, il s'est fait peu à peu à ma mesure, je voudrais en finir avec cette imposture, quitter cet habit trop grand et n'être vêtu, comme un innocent, que de tendresses et de rires.
20 mars 2006
A distance
Parce que ces derniers jours, J2M ne répondait pas à mes appels et que je ne comprenais pas une fois de plus le sens de cette nouvelle absence, nous avons parlé... gentiment. Je lui ai demandé pourquoi il n'avait jamais été amoureux de moi , il m'a demandé si j'avais continuer à espérer. Nous en sommes là, lui assis sur le canapé et moi allongé sur le lit. Avec ce petit espace entre nous, qui vient dire la divergence de nos désirs. Il dit qu'il serait heureux que je puisse rencontrer quelqu'un d'autre, je n'ose pas lui dire que l'inverse me serait assez insupportable. Et ce dont nous parlons, c'est peut-être que si nous espérons ailleurs, rencontrer le vrai, le grand amour partagé, nous en sommes là, face à face, avec ce petit espace qui nous sépare et qui fait la plus grande distance. Y-a-t-il une possibilité pour que nous puissions la combler ? Je veux dire ce que d'autres font, fabriquer une relation avec la certitude de s'être trouvés, pouvons-nous, nous, attendre que cette construction se fasse peu à peu ? Cela fera bientôt trois ans qu'il se tient là à distance, sans vraiment se rapprocher, sans vraiment s'éloigner. Celà est une réalité. Qu'en ferons nous ?
15 mars 2006
The Carpenters

12 mars 2006
A explosion
Depuis ce soir là, on avait pas vraiment parlé. Un échange de SMS, où pour la première fois, il me donnait une place : celle d'un ami particulier. Puis, il dit hier qu'il se sent prêt maintenant. Il dit qu'il a grandi et qu'il aurait envie d'accueillir l'autre, après s'y être autant refusé. Il dit ça au milieu de la nuit, après le dîner, et il s'endort dans le canapé. Je n'ai pas voulu le réveiller, j'ai continuer à fumer, en pensant à la petite bombe qu'il m'avait laissé. Ca ne devait pas être très compliqué d'allumer la mèche. Il suffisait de lui poser la question : "Quand tu dis çà, est ce que c'est à moi que tu penses, est ce que c'est à nous que tu donnerais une chance ?" Mais j'ai eu trop peur de tout faire péter, de l'entendre me dire que non, que j'étais bien cet ami si particulier, avec lequel, en confiance, on échange ce genre de généralités et que je ne devais pas me mettre à espérer. Alors je l'ai laissé partir avec toutes mes questions dont je ne voulais pas entendre la réponse. Rappelons nous les consignes d'urgence. En cas de doute, borner un périmètre de sécurité en attendant les artificiers. La meilleure solution serait vraisemblablement de cesser de jouer avec le danger. Et s'éloigner. En somme, ne pas prendre de risques.
Ne pas prendre de risques. Ah bon ?
