Retour à la maison, journée de boulot de rentrée, séance d'introspection psy et normalement séance de sport prévue. Et puis non, j'ai senti que le moment ne pouvait pas se passer comme çà, à trouver n'importe quel moyen pour ne pas se poser un peu, et penser à soi. Penser sur soi. Pas de télé, pas de téléphone, pas d'internet. Ne pas se divertir, ne pas s'échapper,ne pas être ailleurs, s'efforcer de n'être qu'avec soi et même ne pas relire les pages de ce blog, pour rester vierge de ce qui a été, y compris dans mon  style d'écriture. En somme, se poser la question de savoir où j'en suis aujourd'hui. Où ? D'abord sur la petite terrasse, l'ordinateur posé sur la table à manger, le parc vert intense à mes pieds, et la trouée bleue de la piscine. Au dessus de la rambarde, le ciel presque dégagé, des nuages à l'horizon et à travers la cime des arbres, un coin de ville, un coin de mer et les collines juste après, sous la lumière à peine orangée d'une fin d'après-midi. Quelque part le bruit insistant d'une débrousailleuse et le piaillement des oiseaux alentours. Est-ce que je suis heureux de tout ça ? Ca fait partie de ma vie, et je sais avoir éprouvé la frayeur un jour, d'avoir à le perdre. Qu'est-ce que c'est alors ? Qu'est ce qu'il y manque ? Il y a que je me sens seul. Seul au boulot, seul en dehors. Les amis de coeur sont loin, la famille aussi, mais la famille, on sait bien c'est compliqué. Je devrais être plus juste, il y a des gens ici qui me portent de l'affection et pour qui j'en éprouve. Et cela aussi, je détesterais d'avoir aussi à le perdre. Une fois par mois, il y a Paris, d'autres gens de coeur, le battement de la ville, l'excitation et les attentes qu'elle provoque, ses déceptions aussi. Làs-bas, de la même façon, je peux m'y sentir seul, peut-être  parce que je fantasme plus que là où j'habite, la rencontre amoureuse possible. Et enfin, il y a les voyages, le dernier à Québec. Il y a très longtemps que je n'ai pas voyagé seul, ce n'était pas encore le cas cette fois-ci, un (pas petit) copain était aussi de la partie. C'est bien, même quand parfois on voudrait s'isoler un peu, on a moins peur de l'inconnu. Mais le Québec, c'est l'inconnu ? Je ne l'ai pas vécu comme çà. Sans doute parce que je savais que d'abord quelqu'un m'y attendait. Et que j'attendais aussi depuis longtemps. Penser que traverser un miroir virtuel après tant d'années et se découvrir instantanément si proches, a quelque chose de magique. Je n'ai pas pensé cela, j'ai  voulu vivre l'instant présent, alors je crois que cela m'a juste paru évident. Il faut, en face de vous un peu de répondant, quelqu'un qui aime la vie et qui résolument a décidé de vous faire passer le message. J'espère aussi avoir transmis cet amour là. Parce qu'en définitive, il s'agit bien de cela, il y a eu d'autres rencontres, une amie d'enfance retrouvée, une amie de tout de suite découverte, un homme qui vous veut, un autre que vous auriez bien voulu, la vie quoi et autant que possible, se laisser porter par la vague de gentillesse qui aura déferlé. Pendant que j'écris ce texte, la nuit est tombée. Sur quoi tombe-t-elle ? Sur quelles peurs ? La peur de vieillir, la peur d'être seul, la peur de perdre. On me dit que tout cela existe et que je n'y pourrais rien. Alors Eyck, qu'est ce que tu fais maintenant ? Qu'est-ce que tu attends pour être heureux ?