Je ne pensais pas que je serais dans la situation de commenter l'acte même de blogger, que cela ferait l'objet d'interrogations, de remises en question. J'ai abordé l'écriture de ce blog, vierge de tout a priori, dans le sens où pour les premiers de mes posts, je ne me suis pas demandé si je serais lu. J'avais envie d'écrire. Mais le premier glissement est venu, peut-être était-ce le fait même de publier, être lu cela a commencé par m'importer... tout en me gênant aussi un peu. Si j'écris en pensant à un public, même potentiel, l'autre prend réalité et modifie le fond et ma façon de m'exprimer. On ne se parle pas à soi seul comme on parlerait face à un autre même virtuel. J'ai donc commencé à vouloir compter le nombre des visites, et il y en avait. L'autre est donc bien là. Il a une réalité. Mais qui est-il ? Je n'ai pas eu de réponses à cette question. J'aurais pu en avoir si on avait laissé des commentaires à mes posts. L'autre d'indistinct aurait alors pris corps, une substance identifiée. Mais il n'y a pas eu de commentaires, et je ne sais pas si je ne m'en suis pas arrangé un peu. Vous lisiez ce blog, et je ne savais pas si j'avais envie de vous connaître ou non, parce que j'y voyais une promesse d'ouverture et une menace d'enfermement. Même ici, et c'était une surprise, comme dans la vie même.

Ce qui a renforcé cette impression est aussi la lecture d'autres blogs. Pour certains d'entre eux, ils m'ont réellement touché, avec une acuité que je ne soupçonnais pas possible. Je l'ai dit dans mon précédent post, ceux là m'ont donné envie de les rencontrer, et c'est peut être terrible à écrire, de les aimer et d'en être aimé. Deuxième glissement donc, le blog n'est pas un espace sans chair. Il suscite aussi l'émotion et le sentiment. Nous ne sommes pas là, simplement isolés devant nos ordinateurs. Le blog crée du désir, suscite l'envie de relations. Mais là encore avec qui ? J'ai voulu commenter certains blogs, rentrer en contact avec leurs auteurs et ce que je croyais percevoir d'eux à travers ce que j'en lisais. Mais ce regard au fur et à mesure des lectures journalières s'est fait changeant. De ce que je lisais, j'avais envie et parfois non. Le biais de l'écriture ne fait pas une personnalité et ceux que je vois se décrire peuvent paraître séduisants mais qui sont-ils vraiment ? Méritent-ils d'être l'objet de mes emportements ou de mes détournements ? L'autre présent mais insaisissable, comme dans un mystère, comme dans la vie même.

Dernières lectures encore aujourd'hui de mes blogs préférés et troisième glissement. Où l'acte de blogger est en soi l'objet. Je veux dire que ce que j'ai lu ce soir et les commentaires qui vont avec, ce n'est pas la vie réelle rapportée dans un blog, ce qui se passe là c'est qu'écrire dans un blog, le publier, le diffuser fait la vie elle-même, provoque  le sentiment, en l'espèce le ressentiment et fabrique de l'histoire réelle. L'autre est plus que présent, il n'est plus un fantasme assis devant son écran. Il s'incarne vraiment. Devant mes yeux, ceux là s'aiment et se déchirent dans une mise en abîme proprement vertigineuse. Et c'est la vie même. 

Je pensais continuer à écrire dans mon petit coin mais puisque, je l'ai compris ce soir, blogger c'est peut-être aussi vivre sa vie, la vraie pas la virtuelle, je fais le lien avec d'autres vies. Dans la sphère, ce post est mon premier commentaire, résolument ouvert.